Douce colère

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Monsieur, je suis colère!

Exprimer la colère sans agressivité est possible à condition d’avoir une maîtrise parfaite de cette émotion. Mais aujourd’hui à part quelque maître personne n’est capable de le faire.

C’est à dire que pour le faire il faut être capable de deux choses:

La première est de prendre rapidement conscience de l’histoire qui s’active en nous et dont la colère est l’émotion motrice, de ne pas s’y identifier et d’exprimer en un instant le peu d’énergie alors produite. C’est le plus difficile et c’est lorsqu’on maîtrise cela que l’on peut prétendre à une communication non violente. Sans violence pour l’autre et plus important encore sans violence pour soi. Car lorsque l’énergie est déclenchée et qu’elle reste dans le corps, c’est ce même corps qu’elle va détruire.

La seconde consiste à utiliser l’énergie qu’elle libère dans l’organisme pour la transformer en autre chose ou à la transférer sur un objet comme ce que l’on fait en thérapie. Cela passe par une pratique physique, sportive, travail, activité qui permet de la dissiper car une fois que l’énergie de la colère est libérée, l’action semble être incontournable. Donc le temps d’inconscience quant à l’histoire qui s’exprime est d’une importance majeure dans la charge émotionnelle totale. Au plus vite je me rends compte que je suis identifié à l’histoire, au moins mon organisme produit l’énergie de la colère. C’est pour cette raison qu’exprimer la colère par des mots est à mon sens une utopie, des cris par contre pourraient être efficaces si ils sont accompagnés de gestes.

En lien avec l’histoire

Selon l’histoire qui se réveille, la charge émotionnelle est telle que la seule solution pour l’apaiser est d’aller au fond de cette colère pour prendre conscience de ce qui en est l’origine.

Par exemple si à l’origine de la colère se trouve une injustice ressenti dans la cour de récréation, il va être difficile d’apaiser cette histoire dont la colère est la solution biologique première face à l’injustice, sans prendre conscience de l’évènement à l’origine de ce ressenti d’injustice.

Allez donc expliquer à des personnes qui vivent dans l’injustice depuis leur enfance, voire des générations qu’il est important d’accepter l’injustice et de s’exprimer calmement alors qu’ils vivent cette injustice de manière permanente.

Non ! Cela a besoin d’être entendu et si la violence et l’agressivité font partie de l’expérience, à nous de trouver un cadre qui puisse contenir cette violence pour pouvoir éduquer ces personnes aux fonctionnements des émotions et des états internes pour qu’ils puissent à leur tour devenir des maîtres.

Mais regardez ce que nous faisons avec les enfants. Nous les empêchons de se mettre en colère au lieu de les accompagner à découvrir et à apprivoiser cette émotion. La raison ne serait-elle pas parce que nous n’avons pas eu nous même le droit d’exprimer notre colère ou parce qu’elle nous fait peur ? Peut-être avons nous un jour été confronté à elle et cette expérience a été profondément traumatisante au point de ne plus vouloir la voir chez les autres. Mais ce qui est facile et sans danger avec un enfant prend des proportions dramatiques et ingérables une fois cet être adulte. Il est alors beaucoup moins simple de l’accompagner dans sa colère de part sa taille et sa force.

Alors aujourd’hui nous voulons un monde ou la colère s’exprime par des mots et non par des actions. Mais c’est bien mal connaître cette émotion et l’énergie qu’elle représente. L’énergie de la colère est une énergie d’action qui sert à l’origine à nous battre pour assurer notre survie et cela ne peut être changé par la volonté de quelques hommes.

Vouloir effacer la colère aujourd’hui engendrera un chaos sans précédent dans une ou deux générations..

Nous ne pouvons plus faire l’impasse sur l’éducation des émotions..

Celui-qui-parle